Arrivés à Brazzaville depuis une semaine, ces Bakas (9 hommes, 10 femmes et 1 bébé de trois mois) constituent la seule délégation logée dans l’enceinte du Parc zoologique de Brazzaville et dorment dans une tente sur des matelas à même le sol ; à la merci des moustiques et de la fraîcheur en cette période de saison sèche ; alors que les autres délégations venues des régions sont logées dans des hôtels.

En plus, ces Bakas affirment ne pas connaître les termes du contrat que monsieur Djembe a conclu avec le FESPAM en leur nom pour leurs prestations. Et ils comptent plutôt sur sa bonne volonté « afin d’obtenir quelque chose » avant leur retour.

Ils reçoivent une ration alimentaire non consistante et les femmes font le ramassage du bois de chauffe dans les environs du parc, pour la cuisine et ne peuvent aller visiter leurs familles et sont contraints de passer les journées au parc sous le regard des curieux qui viennent les contempler et les filmer. Ainsi, une équipe de la télévision nationale les a filmé après les avoir enjoint de danser sans contrepartie.

Par conséquent, l’Observatoire congolais des droits de l’homme recommande :

Aux autorités judiciaires :

- D’ouvrir une information judiciaire pour d’identifier les responsables de ces actes d’exploitation et de discrimination afin d’engager des poursuites judiciaires à leur endroit.

Au gouvernement :

- De diligenter le processus d’adoption de la loi sur la protection des peuples autochtones initiée par le ministère de la Justice, afin de légaliser les mesures spécifiques pour la protection de cette catégorie vulnérable contre toutes les formes de discrimination ;

- De pénaliser l’exploitation des peuples autochtones, par des individus d’autres communautés qui profitent de leur vulnérabilité, en se fondant sur des arguments utopiques ;

- De traiter les peuples autochtones participant au Fespam, au même pied d’égalité que les autres participants.

A l’UNESCO et au CICIBA :

- De s’assurer que les peuples autochtones participants au Fespam bénéficient, sur un pied d'égalité, des droits et possibilités accordées aux autres invités ;

- De promouvoir la lutte contre la discrimination pour la pleine réalisation des droits économiques, sociaux et culturels de ces peuples, dans le respect de leur identité culturelle.

Rappel :

Les peuples autochtones vivent, depuis des siècles une discrimination généralisée dans les forêts du bassin du Congo. Cette situation a conduit le gouvernement congolais à lancer un processus d’élaboration d’une loi afin de renforcer la promotion et la protection des droits de cette catégorie minoritaire et vulnérable très marginalisée.

C’est à ce titre que dans son rapport publié en juin 2006, l’OCDH avait attiré l’attention des autorités sur les pratiques de monsieur Jean Pierre Djembe, Maître bantou qui exploite les Bakas et les considère comme sa propriété. Ce qui constitue une forme contemporaine d’esclavage.

Tout récemment, le gouvernement de Brazzaville a organisé, du 10 au 15 avril 2007, à Impfondo justement dans ce département de la Likouala, le premier Forum des peuples autochtones des forêts d’Afrique centrale pour réaffirmer son attachement au renforcement de la protection des droits des peuples autochtones à travers le processus d’élaboration en cours. Le FESPAM est organisé par le gouvernement congolais en collaboration avec l'Organisation des nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), le Centre international de civilisation bantoue (CICIBA) et d'autres partenaires. Il fait partie des instruments de promotion de la culture dont dispose l'Union africaine.