Cette extradition a eu lieu à la veille de la tenue à Kinshasa (RDC), du 10 au 12 mars 2008, de la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC). Selon les informations parvenues à l’OCDH, en marge de ce sommet, des tractations diplomatiques ont eu lieu entre les gouvernements des deux pays : le ministre des Affaires étrangères de la république du Congo ne voyant pas d’inconvénient de voir Albert Muya Ilunga regagner Brazzaville et son homologue de Kinshasa aurait fait preuve d’une « compréhension humanitaire ».

En effet, le 20 mars 2008, monsieur Albert Muya Ilunga a été ramené à Brazzaville après deux semaines de détention dans les services spéciaux de la police de Kinshasa communément appelé Kin Mazière d’où il a subi des interrogatoires. Il a pu recevoir la visite des organisations humanitaires.

Tirant les leçons de cette affaire, l’OCDH demande au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) de prendre des mesures conséquentes pour, non seulement anticiper sur les situations qui mettent en insécurité les réfugiés et demandeurs d’asile, mais aussi et surtout garantir durablement la sécurité et l’intégrité physique de Albert Muya Ilunga.

L’OCDH exhorte le gouvernement congolais au respect de ses engagements internationaux en matière des droits de l’Homme et plus particulièrement en ce qui concerne la protection des réfugiés et demandeurs d’asile par l’octroi des moyens adéquats de fonctionnement au Comité national d’assistance aux réfugiés afin de lui permettre de remédier à la lenteur administrative dans l’examen des dossiers d’admission au statut de réfugié ; et d’assurer au mieux sa mission de protection de réfugiés et demandeurs d’asile dont certains ont déjà fait l’objet d’enlèvement par les services spéciaux d’un pays voisin.

Néanmoins, l’OCDH se félicite de la timide reprise ce mois, des activités de la Commission nationale d’éligibilité au statut de réfugié, suspendues depuis le mois d’août 2007, faute de siège et de moyens financiers.

En rappel, interpellé le 03 mars 2008, à Brazzaville, par les agents de la Direction générale de la surveillance du territoire (DSGT) de la république du Congo, son pays d’asile, Albert Muya Ilunga a été détenu dans les geôles de ce service jusqu’à son extradition trois jours plus tard, le 06 mars 2008 vers son pays d’origine. Accueilli à Kinshasa le même jour, il a été interrogé de 13 heures à 19 heures sur place au beach Ngobila (port) par les services spéciaux de la RDC avant d’être transféré à Kin Mazière où il fut gardé « à la frontière » jusqu’à son retour à Brazzaville.

Cette extradition a été faite contrairement aux engagements internationaux en matière des droits de l’Homme librement consentis par le gouvernement de Brazzaville, en particulier les dispositions de la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés et celles de la convention de l’OUA de 1969 sur les aspects spécifiques des réfugiés africains. Ces instruments juridiques interdisent la pratique de l’extradition et de la reconduite à la frontière.