Sur fond d’élections truquées, de détenus politiques, de pauvreté et de corruption : le Congo célèbre sa fête nationale
Par OCDH le mardi 14 août 2007, 16:43 - Lien permanent
Brazzaville, le 14 août 2007. A l’occasion de la célébration du 47ème anniversaire de l’accession du Congo à la souveraineté nationale, l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) exprime sa vive préoccupation au regard de la confiscation de la démocratie et de l’Etat de droit, se caractérisant par les élections truquées, les détenus politiques, la paupérisation des citoyens, la corruption et l’impunité généralisées.
La célébration d’un anniversaire étant une occasion pour faire le bilan, les Congolais n’ont pas eu droit, comme à l’accoutumée, au discours sur l’état de la nation, présenté à la veille de la célébration, le 15 août, de la fête nationale.
En effet, le chef de l’Etat congolais vient de manquer à son obligation coutumière de rendre compte de l’état de la nation au peuple congolais, seul détenteur de la souveraineté nationale, au sortir de la tenue des élections législatives.
L’organisation chaotique, les dysfonctionnements et les insuffisances relevés lors du premier tour des législatives de manière unanime par tous les observateurs électoraux, ont refait surface au second tour en dépit de l’engagement des autorités congolaises pour une meilleure organisation du 2ème tour de ce scrutin.
Comme au premier tour, cette désorganisation volontaire s’est caractérisée par l’ouverture tardive des bureaux de vote, le retard dans la livraison du matériel électoral, la manipulation des listes électorales, l’usage de faux documents administratifs. A cela se sont ajoutés l’ouverture des bureaux de vote clandestins et le convoyage des électeurs d’une circonscription électorale à une autre, pour le vote multiple.
Cette répétition du chaos est la manifestation du refus par les autorités congolaises de tirer les leçons de l’échec du premier tour. Au contraire, celles – ci se sont déployées pour manipuler le scrutin et truquer les résultats ; face à une opposition politique instrumentalisée, complaisante et sans réelle volonté de prendre ses responsabilités pour contribuer à la consolidation de la démocratie.
L’OCDH reste scandalisé par le cafouillage politico – juridique orchestré par le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation qui, le 12 août 2007, s’est mué en juge électoral en invalidant les résultats de la circonscription de Mabombo (département de la Bouenza), sans laisser à la cour constitutionnelle le droit d’user de ses prérogatives.
Ces élections constituent une véritable reculade de la démocratie et un rendez-vous manqué en vue de la consolidation de la démocratie en république du Congo.
Par ailleurs, au moment où 70% de la population congolaise croupit dans la misère, le président de la République rate une occasion pour se prononcer non seulement sur la corruption généralisée qui mine l’administration publique, mais aussi sur les différents scandales financiers et autres démêlés judiciaires largement médiatisés, liés notamment à la gestion et à la commercialisation du pétrole congolais ; mettant en cause les responsables de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) et certains membres de sa famille.
Il en est de même de la détention injustifiée et sans jugement des personnes civiles et militaires à la Direction centrale des renseignements militaires depuis mars 2004 et à la prison de Brazzaville depuis le début de l’année 2005.
A ce propos, l’OCDH rappelle que le lieutenant-colonel Mpassi Serge André, le capitaine Dibondo Bartel, le lieutenant Mizingou Louis Marie, l’adjudant-chef Miyalou Alphonse et le capitaine Pandi-Ngouari Bertin arrêtés entre janvier et mars 2005 sont toujours détenus à la prison de Brazzaville sans jugement au détriment de tous les instruments pertinents en matière des droits de l’Homme librement ratifiés par le Congo. C’est également le cas de trois ressortissants de la République Démocratique du Congo, en situation de détention prolongée depuis 2004 à la Direction centrale des renseignements militaires. Il s’agit du major magistrat Germain Ndabamenya Atikilome, du major aumônier kimbanguiste Médard Mabwaka Egbonde et du capitaine policier Bosch Ndala Umba.
Ceci dit, il est difficile de comprendre ce qui se passe au Congo alors que le chef de l’Etat congolais, durant son mandat à la tête de l’Union africaine en 2006 – 2007, a prôné et exhorté les Etats africains au respect des valeurs démocratiques et des droits de l’Homme.
Au regard de ce qui précède, l’OCDH recommande au président de la république :
- De mettre en place de manière consensuelle, une structure permanente et indépendante d’organisation des élections. Cette structure doit être composée des représentants du gouvernement, des partis politiques et de la société civile, aux différents niveaux national et départemental ;
- D’organiser le recensement spécial de la population en vue d’en extraire un corps électoral fiable ;
- De diligenter le processus de mise en œuvre de la loi votée par le parlement en juin 2007, instituant un observatoire national de lutte contre la corruption, et lui accorder une réelle indépendance d’action.
- D’ordonner la libération immédiate et sans conditions de tous les prisonniers politiques, détenus sans jugement depuis plusieurs années ;
- De respecter en toutes circonstances les engagements internationaux du Congo relatifs aux droits de l’Homme.
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