La volonté affichée du gouvernement ainsi que de la majorité présidentielle à changer la constitution pour permettre au Président de la République de demeurer au pouvoir, est l’occasion de nombreuses atteintes aux droits humains et de nombreuses exactions qui confirment que le Congo n’est jamais sorti du règne de l’arbitraire. Toute contestation de la politique en vigueur mérite la répression ou des restrictions de fait des droits et libertés de ses initiateurs. Cette situation fait du Congo Brazzaville un pays instable, faute des fondements de l’Etat de droit. 1- Atteintes aux droits et libertés politiques

Le 21 août 2013, les militants du parti politique de l’opposition le Cercle des Démocrates et Républicains du Congo (CDRC) ont été arrêtés par les services de la police de la ville de Pointe-Noire (capitale économique), alors qu’ils voulaient organiser une marche pacifique demandant la démission du gouvernement et la tenue d’urgence des états généraux de la nation. Dès les premières heures de la matinée, les agents de la police avaient déjà investis les lieux de retrouvailles dans les quartiers de Mpaka et Tchimani dans le 6ème arrondissement de la ville de Pointe-Noire. Près d’une dizaine de ces militants portant des pancartes sur lesquelles était écrit « carton rouge = démission du Gouvernement » avaient étés arrêtés sur les lieux. La police aurait procédé par la suite aux interpellations et arrestations à domicile. Au total, 27 militants et sympathisants de ce parti politique de l’opposition ont été arrêtés puis placés à la maison d’arrêt de la ville de Pointe-Noire.

Après sept (7) mois de détention hors délai légal, ils ont été cités à comparaître devant la cour criminelle de la ville de Pointe-Noire au mois de mars 2014 pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat.

Sur les 27 accusés, quatorze (14) ont été acquittés pour n’avoir reconnu aucun lien avec ce parti politique après sept mois de détention et les 13 autres ont été condamnés à des peines d’emprisonnement extrêmement lourdes allant de cinq (5) à sept (7) ans. Le Président fondateur de ce parti politique, Modeste Boukadia en fuite de persécution, a écopé de trente (30) ans d’emprisonnement ferme avec travaux forcés et un mandat d’arrêt lui a été délivré à cet effet. Ce dossier se trouve actuellement au niveau de la Cour suprême.

Par ailleurs, deux militants du parti politique de l’opposition le « Rassemblement des Jeunes Patriotes du Congo » ont été arrêtés le lundi 21 avril 2014 à Madingou et à Mouyondzi, dans le département de la Bouenza au sud de Brazzaville pour avoir porté et distribué des tee-shirts sur lesquels était écrit « TOUCHE PAS A MA CONSTITUTION ». M. Mberi Albert, a été interpellé par les services de la gendarmerie de Madingou. Arrivé sur les lieux, il a été soumis à un interrogatoire puis relaxé.

M. Kombo Blaise a été à son tour interpellé par la brigade de la gendarmerie de Mouyondzi le 21 avril 2014 puis libéré après interrogatoire. Le lendemain en matinée, il a été interpellé à nouveau par la police et transféré à Nkayi avant son transfèrement à Brazzaville la capitale politique le 22 avril où il était gardé dans un endroit secret trois jours durant. Les autorités de police de Brazzaville ont évoqué le prétexte d’incitation à la haine pour justifier l’arrestation de ce dernier et son transfèrement à Brazzaville.

Le jeudi 24 avril, Paul Marie Mpouelé, président du Rassemblement des Jeunes Patriotes du Congo, a lui-même été convoqué au téléphone par le secrétariat de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST). Arrivé sur les lieux, il a été soumis à un long interrogatoire par le colonel Elion de 12 heures à 17 heures. Cet interrogatoire était centré sur sa fortune, son appartenance politique à savoir s’il est de l’opposition radicale ou modérée et sur ces motivations à faire confectionner les tee-shirts « Touche pas à ma constitution », tout en lui demandant de cesser avec ses actions. Après cet interrogatoire, il a été relaxé avec M. Blaise Kombo.

Le 4 juin 2014, M. Mathias Dzon, un des leaders de l’opposition politique a été empêché d’embarquer dans un avion en partance pour Paris, France pour des raisons non officiellement connues. De facto, ce leader politique écope d’une interdiction de sortir du territoire national congolais.

Le 13 juin 2014, une rencontre citoyenne des leaders et membres du Mouvement Citoyen pour le Respect de l’Ordre Constitutionnel prévue dans le quartier nord de la ville de Brazzaville (capitale politique) a été interdite par les autorités de police sous prétexte qu’elle n’était pas autorisée, alors que les autorités compétentes en la matière notamment, le Préfet de Brazzaville et l’Administrateur maire de Ouenzé avaient été saisies dans le délai légal.

Dans le même sens, le 12 juin 2014 une manifestation de la plate-forme « Sauvons le Congo » qui regroupe plusieurs personnalités de l’opposition politique, prévue à Madibou dans le quartier sud de la ville de Brazzaville a été interdite sans raison valable par les autorités de police alors que toutes les formalités administratives requises avaient été observées. Pendant que les femmes et hommes politiques de l’opposition sont étouffés dans l’exercice de leurs droits et libertés, ceux de la majorité présidentielle jouissent sans entrave de leurs droits et libertés politiques. Ce traitement discriminatoire, source de frustrations est loin de favoriser un climat de sérénité en République du Congo dans les mois à venir et marque un signal préoccupant. La communauté internationale se doit de prendre des mesures préventives.

Le droit de manifester et d’exprimer librement ses opinons est garanti par la Constitution congolaise et les instruments juridiques internationaux ratifiés par le Congo et constitue un des fondements d’une démocratie qui n’a pas peur de l’expression de ses citoyens. Le recours à des intimidations et à des arrestations à l’encontre de manifestants pacifiques et des libertés d’expression et d’opinion constitue des méthodes « dignes » d’un Etat policier qui s’inscrivent, de manière plus générale, dans une tendance inquiétante à criminaliser les mouvements de protestations.

2- Une détermination à vouloir changer la Constitution

Les autorités congolaises proche du pouvoir sont depuis un certains temps dans une démarche de changement de la Constitution pour permettre au Président Denis Sassou Nguesso de briguer un troisième mandat alors que la Constitution en vigueur le lui interdit. Pour preuve, le président de l’Assemblée nationale Justin Koumba et le Ministre des affaires foncières et du domaine public, Pierre Mabiala ont mis en place en avril 2014 une structure dénommée « Front pour le changement de la Constitution ». Ces autorités, membres de la majorité présidentielle parcourent l’ensemble du pays, organisent des manifestations et instrumentalisent les populations pour faire allégeance à l’idée de changement de la Constitution.

Rien ne justifie aujourd’hui le changement de la Constitution en République du Congo. Cette démarche entreprise par la machine du pouvoir de Brazzaville ne vise que la conservation du pouvoir et viole les valeurs fondamentales de l’Etat de droit. Cela n’est autre chose que de la dictature pur et simple.

L’OCDH saisit cette occasion pour demander au Président de la République, Denis Sassou Nguesso, de rompre son silence afin d’édifier l’opinion nationale et internationale sur cette question. Nous attendons du Président de la République une prise de position responsable qui, reflète le serment qu’il a prêté devant les membres de la cour constitutionnelle, de l’Assemblée nationale, du Sénat et de la Cour suprême de " respecter et défendre le Constitution du 20 janvier 2002." Tout changement anticonstitutionnel constitue une atteinte intolérable au processus démocratique.

Conclusion et recommandations

Si la communauté internationale en général et l’administration américaine en particulier ont affiché clairement leurs positions pour le respect aux droits de l’Homme et à l’ordre constitutionnel en République démocratique du Congo (RDC), au Burundi…, l’OCDH exhorte à ce titre les autorités américaines et la communauté internationale de délivrer un message clair et direct à cette occasion au Président Denis Sassou Nguesso.

A travers la présente note de situation, l’OCDH qui suit avec une attention particulière la situation politique et des droits humains en République du Congo interpelle le gouvernement et prend à témoin la communauté internationale sur le déficit démocratique qui prévaut au Congo Brazzaville.

Face à ce constat, l’OCDH recommande Au Président de la République de : - Prendre des mesures interdisant les arrestations des opposants politiques dans le cadre de l’exercice de leurs droits et libertés politiques ; - Prendre des mesures interdisant sous quelque forme que se soit les manifestations pacifiques ainsi que les rassemblements et manifestations des opposants politiques ; - Respecter l’ordre constitutionnel établi ; - Prendre des mesures afin que le Congo ratifie la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance signée en 2007.

Aux autorités américaines et à la communauté internationale de : - Exhorter le Président congolais, Denis Sassou Nguesso au strict respect de la Constitution du 20 janvier 2002 ; - Renforcer leurs programmes d’appui à la Démocratie et les Droits de l’Homme en faveur de la société civile en République du Congo.