1- Agression des militants de l’opposition politique

En effet, le dimanche 7 septembre 2014 à Brazzaville, le collectif des partis politiques de l’opposition a organisé un meeting au Palais des congrès pour dénoncer selon lui « les dérives autoritaires du pouvoir ». Au sortir de ce meeting, les militants et sympathisants des partis politiques de l’opposition constituant ce collectif ont été accueillis par le jet de pierres, des bouteilles remplies de sable et toute sorte de violence par des groupes de personnes en civil. Ces attaques ont occasionné une dizaine de blessés dont trois (3) blessés graves, a pu constater l’OCDH lors des entretiens avec les victimes.

A partir du moment où le Préfet de Brazzaville avait autorisé l’organisation de ce meeting, les services de sécurité avaient l’obligation de prendre toutes les mesures nécessaires afin d’assurer non seulement la sécurité du lieu du meeting mais aussi des personnes. Ainsi, les responsabilités doivent être établies sur toute la chaine de commandement.

L’OCDH rejette la version de la police donnée par son porte-parole le colonel Jules Tchoumou Moukala selon laquelle, ces militants de l’opposition se seraient battus entre eux pour une affaire de per diem qui a mal tourné.

« Nous ne sommes pas à notre premier meeting et jamais on s’est battu entre nous. On s’est pas distribué de l’argent au sortir du meeting pour qu’on nous parle d’une affaire de per diem qui a mal tourné, la police est dernière tout ça» a affirmé un blessé à l’OCDH.

Cette agression des militants et sympathisants de l’opposition politique doit venir soit d’une expédition punitive, soit d’une défaillance des services de sécurité. Une enquête doit être diligentée pour identifier les auteurs.

2- Agression du journaliste Elie Smith

Le journaliste Elie Smith, en relayant sur les réseaux sociaux des images de militants de l’opposition politique blessés au sortir de ce meeting du dimanche 7 septembre, a reçu sur sa page facebook des messages de menaces de mort. Un jour après, dans la nuit du 9 au 10 septembre le journaliste a été victime d’une agression à son domicile par des hommes biens armés en tenue civile et sa sœur cadette fut violée en sa présence. « C’est toi le journaliste célèbre, nous sommes venus pour te tuer……» a affirmé un des assaillants à Elie Smith. Après l’acte crapuleux du viol de sa sœur, ces assaillants ont emporté avec eux plusieurs objets ainsi que du matériel de travail.

« Je ne peux pas confirmer que l’acte a été commandité par les autorités de Brazzaville, mais le manque de précipitation, la sérénité et le mode opératoire avec lequel ils ont agit m’amènent à dire qu’il ne s’agit pas de simples braqueurs. J’ai besoin de connaitre les commanditaires ainsi que la personne qui était en liaison téléphonique avec un des agresseurs pendant la commission de cet acte…» a affirmé le journaliste Elie Smith lors d’un entretien accordé à l’OCDH.

M. Elie Smith anime une émission télévisée beaucoup suivie à Brazzaville appelée « La grande interview » qui, aux dires des gens, dérange le pouvoir en place. À cause de cette émission, il fait souvent l’objet de menaces de toutes sortes et traité d’agent de renseignements au profit des puissances étrangères par les hauts responsables (civils et militaires) du pays en raison de sa liberté de parole. En cette année 2014, le journaliste Elie Smith a déjà été convoqué deux (2) fois par les services de renseignements généraux.

Le 11 septembre, la journaliste Sadio Kanté de Reuters a été convoquée à la Direction générale de la police. Reçue par un collège des généraux et des colonels, on lui a reproché le fait d’avoir répandu sur les réseaux sociaux les images et informations sur l’agression du journaliste Elie Smith. Cette interpellation cache une volonté de faire taire les journalistes.

Toutefois, l’OCDH se réjouit de l’arrestation des assaillants quoi que la rapidité avec laquelle la police a agit soit impressionnante. Le fait d’avoir arrêté les assaillants ne suffit pas, une enquête sérieuse et un procès juste et équitable doivent être organisés afin que les coupables rendent des comptes.

En somme, cette double agression des militants de l’opposition politique et du journaliste Elie Smith renforce la menace qui pèse sur les droits et libertés des individus dans un contexte de dégradation de la situation politique.

Au regard de ce qui précède, l’OCDH recommande au Gouvernement : - D’instruire des enquêtes sérieuses sur cette double agression afin que les commanditaires soient identifiés et que les responsabilités puissent être établies au cours d’un procès juste et équitable ;

- De prendre des mesures afin que des tels actes ne se reproduisent plus ;

- De prendre des mesures nécessaires afin que la sécurité puisse être garantie aux opposants politiques dans le cadre de leurs activités tenues dans les espaces publics ;

- De prendre l’initiative d’un projet de loi spécifique protégeant le journaliste.