Nous, délégués des organisations de la société civile des pays du Bassin du Congo présentes aux réunions d’Accra sur les changements climatiques*, Inquiets de ce que les impacts les plus désastreux du réchauffement de la planète sont d’abord visibles dans les pays les moins avancés, et surtout affectent en priorité les communautés les plus démunies de ces pays, Conscients de l’importance du stock de carbone séquestré par les forêts du Bassin du Congo, et de l’urgente nécessité de contribuer à l’équilibre climatique de la planète en protégeant ces forêts, Préoccupés par l’état de pauvreté des communautés locales et des peuples autochtones habitant ces forêts, Faisons la déclaration suivante :  Les nouveaux mécanismes de financement de la prise en compte du carbone dans la gestion durable des forêts (MDP, REDD,…) constituent sans conteste une opportunité de sauver les forêts du Bassin du Congo, et leurs riches biodiversités, et d’assurer la permanence de la fourniture de services environnementaux des forêts aux populations des pays du Bassin du Congo et de la planète dans son ensemble. L’attention nouvelle accordée par la communauté internationale aux forêts est susceptible d’amorcer rapidement une inversion durable des processus de destructions de ces écosystèmes uniques, et de contribuer au développement économique des populations locales et autochtones qu’elles abritent.

 Le modèle séculaire de concession forestière en vigueur jusqu’ici dans les forêts du Bassin du Congo a failli dans cet objectif de promotion de la durabilité écologique et sociale. Au risque de perdre toute crédibilité en donnant une prime à ces acteurs centraux de la déforestation, la communauté internationale devrait exclure les exploitants forestiers les agro-industriels, du bénéfice des avantages financiers de la déforestation évitée. Les parties à la convention sur les changements climatiques sont encouragées à prendre des engagements fermes pour éviter toute fuite ou déplacement d’émission des gaz à effet de serre à l’intérieur des pays ou entre pays.

 Les communautés locales et autochtones ont été, depuis les premières années de la colonisation, marginalisées dans la gestion des terres et des ressources de la forêt. Le REDD constitue une nouvelle menace pour ces communautés, qui courent le risque de se voir dépossédées durablement de leurs terres ancestrales aux fins de spéculation sur le carbone liée au renforcement des politiques actuelles de conservation exclusive des forêts. Tout processus de prise en compte du carbone dans la gestion des forêts devra nécessairement assurer la reconnaissance et la sécurisation préalables des droits des communautés locales et autochtones sur les terres et les ressources, et garantir leur pleine participation dans le processus de mise en place de tout mécanisme financier, afin de s’assurer qu’il soit conforme à leurs intérêts, compatible avec leurs cultures, et reconnaisse leur qualité de premiers protecteurs de la forêt.

 La protection des forêts naturelles encore intactes devrait constituer une priorité, et mobiliser davantage d’efforts de la communauté internationale que les régions abritant les forêts déjà dégradées. Au-delà des considérations directement liées au volume de carbone séquestré par ces forêts, cet ordre de priorité se justifie également par l’importance des autres fonctions de la forêt, vitales pour les populations et la planète.

 Le financement de la contribution de la forêt à la régulation du climat mondial ne doit pas être considéré comme autorisant les pays industrialisés à éviter de réduire de manière drastique leurs émissions de gaz à effet de serre. Ce financement doit éviter les mécanismes de transfert de la dette comme forme payement et garantir une amélioration de la gouvernance forestière. Nous réaffirmons notre confiance en nos gouvernements, et les encourageons à prendre en considération nos préoccupations, afin que les efforts actuels déployés autour du REDD soient un modèle en matière de justice environnementale et sociale en faveur des communautés locales et autochtones de nos pays. Nous les encourageons en fin à mettre immédiatement en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Fait à Accra, le 22 août 2008.

  • RDC : Conseil Régional des ONGD de la Province de Bandundu (CRONGD BANDUNDU) ; Dignité Pygmée (DIPY) ; Groupe d’Action pour Sauver l’Homme et son Environnement (GASHE) ; Maniema Liberté (MALI) ; Organisation Concertée des Ecologiste et Amis de la Nature (OCEAN) ; Protection des écorégions de Miombo au Congo (PREMI CONGO) ; Réseau pour la Conservation et la Réhabilitation des Ecosystèmes Forestiers (Réseau CREF) ; Réseau Ressources Naturelles (RRN). République du Congo : Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH). République Centre Africaine : Maison de l'Enfant et de la Femme Pygmées (MEFP). Cameroun : Forêts et Développement Rural (FODER), Centre pour l’environnement et le développement (CED).